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  • Primevère et perce-neige

    La fin de l’hiver se précipite et j’ai une pile à chroniquer grande comme ça ! En attendant les billets plus poussés pour certains titres, voici quelques mots sur d’autres !

    La mise à mort du tétras lyre, David Combet

    Depuis son jeune âge, Pierre accompagne régulièrement son père et Édouard, un ami du paternel, randonner dans les Alpes, sur le chemin du lac Noir et du col du Grand Duc. Jeune garçon émerveillé par la nature, sa sensibilité l’éloignera de son père au fil des années. Devenu artiste, Pierre se perd et s’égare dans sa carrière, ses envies, ses désirs et revient à ces randonnées entre hommes, à la virilité attendue, la violence des hommes et sa place à construire.
    Un très très bel album aux couleurs folles, fait à l’acrylique, qui raconte le parcours d’un jeune garçon devenu homme aux prises avec sa masculinité et celle qu’on veut lui imposer, son désir d’être et d’aimer et celui, souvent contradictoire, des autres. Violences et masculinisme, David Combet interroge des sujets complexes avec une grande précision, des planches éblouissantes et des personnages plein de subtilités. À lire vraiment !

    La télépathie nationale, Roque Larraquy

    Dans les années 30 en Argentine, un groupe de bourgeois mené par Amado Dam et son assistant a comme projet la création d’un « parc ethnographique » dans lequel ils exhiberaient les peuples autochtones d’Amérique du Sud au reste des Argentins. Mais Amado Dam fera une découverte extraordinaire lors de la rencontre avec une tribu péruvienne, fera capoter le projet, et changera le cours de l’histoire argentine.
    Un roman très étonnant, assez perturbant, qui commence de manière assez caustique pour finir en faisant froid dans le dos. J’aurais aimé un peu plus, je crois, mais le roman m’étant resté en tête un moment, il a fait son effet ^^

    Le livre de M, Peng Shepherd

    Un beau jour, Hemu Joshi, jeune indien, perd son ombre. Il est le premier touché par ce qui ressemble à une épidémie qui se propage rapidement à travers le monde. Avec leur ombre, c’est leur mémoire qui finit par disparaître, avec des conséquences parfois dramatiques. Aux États-Unis, on suivra Maxine et Ori, elle qui quitte son mari après avoir perdu son ombre pour ne pas risquer de lui faire du mal et lui infliger sa lente disparition, lui qui part ensuite à sa recherche. Il y aura aussi Naz, une Iranienne championne de tir à l’arc venue à Boston pour s’entraîner et qui se retrouve seule au milieu du chaos. Et le mystérieux amnésique, qui a perdu la mémoire dans un accident de voiture et semble immunisé contre cette vague de « désombrage ». Tous croiseront d’autres personnes, d’autres groupes, et construiront de nouvelles manières de vivre, avec toujours l’espoir d’une guérison et de retrouvailles dans le havre qui, disent les rumeurs, se créé à la Nouvelle-Orléans.
    Il y aurait des choses à reprocher à ce livre post-apo trempé dans le fantastique : un peu trop long, parfois un peu lent, parfois convenu et attendu. MAIS les personnages, principaux comme secondaires, sont forts, touchants, riches d’une épaisseur rare, le récit foisonne d’idées formidables qui donne à l’histoire une dimension philosophique, c’est très bien écrit (et traduit par la formidable Anne-Sylvie Homassel)et très prenant. Bref, un excellent roman que ses faiblesses ne pénalisent pas outre mesure.

    Burro cacao, Lucía Etchart

    Après le formidable Tupamadre, qui m’avait emporté par son jeu sur la langue et la douce brutalité avec laquelle L. Etchart nous faisait entrer dans son intimité familiale, elle revient avec Burro Cacao, un recueil de poésie, en vers et en prose. Divisé en plusieurs parties, agrémenté de visuels (collages, memes, photos…), les différents textes sont des instantanés de moments de vie, de réflexions, discussions, toujours racontées avec cette langue écrite phonétique, littérale, augmenté d’espagnol et d’anglais. Elle raconte la vie en France, le racisme, la misogynie, l’amour, le sexe, la dépression, bref, la vie avec toute sa violence, sa richesse et ses déchirures. Toujours avec un humour noir parfois un peu crasse, provocateur, et beaucoup d’acuité !