Catégorie : Amérique du Sud

  • Fictions – Jorge Luis Borges

    Il y a des livres tellement cultes qu’en parler devient compliqué. Que dire de plus, d’intéressant, d’intelligent, voire, dans un sursaut d’orgueil, de nouveau sur un livre comme Fictions, qui est devenu une pierre angulaire de la littérature ? Rien. On ne va pas tenter de révolutionner les choses, juste de parler sensations, émotions et frissons, et ce sera déjà pas mal ^^

    C’est à la conjonction d’un miroir et d’une encyclopédie que je dois la découverte d’Uqbar. Le miroir inquiétait le fond d’un couloir d’une villa de la rue Gaona, à Ramos Mejia ; l’encyclopédie s’appelle fallacieusement The Anglo-American Cyclopoedia (New York, 1917). C’est une réimpression littérale, mais également fastidieuse, de l’Encyclopoedia Britannica de 1902. Le fait se produisit il y a quelques cinq ans. Bioy Casarès avait dîné avec moi ce soir-là et nous nous étions attardés à polémiquer longuement sur la réalisation d’un roman à la première personne, dont le narrateur omettrait au défigurerait les faits et tomberait dans diverses contradictions, qui permettraient à peu de lecteurs -à très peu de lecteurs- de deviner une réalité atroce ou banale. Du fond lointain du couloir le miroir nous guettait. Nous découvrîmes (à une heure avancée de la nuit cette découverte est inévitable) que les miroirs ont quelque chose de monstrueux. Bioy Casarès se rappela alors qu’un des hérésiarques d’Uqbar avait déclaré que les miroirs et la copulation étaient abominables, parce qu’ils multipliaient le nombre des hommes. Je lui demandai l’origine de cette mémorable maxime et il me répondit que The Anglo-American Cyclopoedia la consignait dans son article sur Uqbar. La villa (que nous avions louée meublée) possédait un exemplaire de cet ouvrage. Dans les dernières pages du XLVIe volume nous trouvâmes un article sur Upsal ; dans les premières du XLVIIe, un autre sur Ural-Altaic Languages, mais pas un mot d’Uqbar.

    Tlön Uqbar Orbis Tertius

    Bien que plongée dans la littérature latina depuis un certain temps maintenant, et ayant à ma portée Fictions depuis presque tout autant, je n’avais encore jamais sauté le pas. Déjà, j’avais la trouille, clairement. Borges me paraissait de ces auteurs inatteignables, bien trop brillants et obscurs pour moi, et j’allais forcément passer à côté, et un sale moment. Ensuite, il y a l’homme. J’en sais peu, mais Borges me semble un vrai produit de la complexité humaine, de sa géographie et de son histoire. Pro et anti démocratie, soutien et rejet de Pinochet, des dictatures militaires… A la manière (différente, c’est un gros raccourci que je fais ici, j’en suis consciente, ne me jette pas des trucs dessus) d’un Mario Vargas Llosa, Borges est tout autant admirable qu’haïssable et nous pousse à plonger dans nos propres contradictions, pulsions, et à regarder les autres à travers un sacré paquet de prismes, pour tenter un semblant de compréhension. Voilà, je n’irai pas plus loin sur sa vie, que je connais mal, mais qui est l’une des raisons qui a décalé ma lecture de son œuvre.
    Mais j’y suis allée, finalement. Parce que comme pour le Quichotte, quand tu lis des auteurices hispanophones (et pas que), tu en entends parler tout-le-temps. Il est LA référence, celui qui a donné envie, qui intrigue, dont les textes sont lus, relus, cités, ont inspiré d’autres… Et puis mes ami-es aussi m’y ont encouragée, et j’ai confiance en elleux. Alors bon, j’ai sauté. Et tu sais quoi ? J’ai kiffé ma race, putain.

    Fictions est un recueil en deux parties qui regroupe 17 nouvelles (dans mon édition en tout cas), toutes relativement courtes. On y trouve différents types de récits, avec plusieurs points communs : on y parle beaucoup de littérature, et tous sont des nouvelles qu’on dira « de genre », dans notre pays qui aime faire des distingo. Borges va sans frémir de la science-fiction à l’enquête policière, et met du fantastique de partout. C’est merveilleux.
    Brillant, Borges l’est, sans aucun doute. Sa lecture est une chute libre dans une espèce de maelström dévorant, qui te demande autant qu’il te dit.
    Ce qui semble l’intéresser ici, c’est de plonger sous la surface de la réalité et de casser la fine couche de glace qui nous sépare d’un onirisme inquiétant et séduisant, de raconter de manière induite, souvent très implicite, les raisons, motifs, pulsions, qui poussent les gens à agir. On pourrait presque le qualifier de maître du suspense tant il aime les résolutions au dernier paragraphe, voire caché dans les derniers mots. Ses enquêtes policières m’ont rappelé un peu Juan José Saer, elles ont cette lenteur et cette langueur qui immergent, recouvrent, et nous happent avec discrétion et force, alors que le récit s’attarde mieux sur les réflexions et pensées des protagonistes que sur l’action en elle-même. Friand de symbolisme, le mystère est partout, enveloppant, et devient tout aussi important aux lecteurices que le reste de l’intrigue, quand il n’est pas l’intrigue en elle-même. Il semble peu tenir à cette résolution claire, à vouloir donner des clefs et explications. Ses nouvelles sont un trousseau et des serrures, à nous de voir si ça clenche, et comment, quitte à forger la clef nous-mêmes.

    Là où Borges est incroyable, c’est qu’il crée de toutes pièces, toujours flirtant avec le réel, des mondes, des villes, des mondes, des romans, des auteurs. Où est le vrai, le faux, l’inventé, la réalité dans les trames serrées et précises de ses histoires ? Mais finalement l’important n’est pas là. Il nous rappelle ainsi que nous vivons toutes et tous dans une multitudes de mondes, de strates de vérités. Les communes, les personnelles, les familiales, les imaginaires, les mensonges, les racontées… Ses personnages errent sur les chemins de la mémoire et des histoires sans trop savoir où aller, en recherche permanente de réponses dont les questions sont encore à définir.

    Borges joue avec nous comme avec lui-même, ironique et méta, et la littérature est son outil et son sujet. Qu’est-ce que la littérature ? Quel est le rôle, voire l’intérêt des livres et de la lecture ? Borges interroge et creuse tout ce qui fait histoire : le genre, le style, la démarche, l’écriture, les symboles… et derrière tout ça il y a l’humanité, qui raconte et se raconte comme elle peut pour donner du sens à l’invraisemblable. Séparément, les nouvelles de Fictions sont incroyables, ensemble, elles forment un puzzle à plusieurs dimensions qui laisse voir, par leurs interstices, les éclats d’ombre et de lumière de mondes dont on ne saurait, et ne voudrait dire, s’ils sont proches ou lointains, si nous sommes dedans ou à côté.

    Ce qui m’a également fascinée dans ces nouvelles, c’est cette imbrication entre la littérature, les histoires et une logique mathématique présente partout. Je vois tout cela comme des fractales littéraires, chaque nouvelle est unique mais l’on retrouve tout à l’intérieur (oui c’est très approximatif pour ne pas dire faux, mathématiquement parlant, mais je parle vraiment d’un ressenti, d’une sensation). Une nouvelle se déploie, se duplique en une autre, différente mais qui étend et répète, encore plus profondément, le même univers. Une ruche infinie, un éclat de glace dentelé, un univers fractal dont l’exploration et la connaissance totale est impossible. Tout est labyrinthique, un dédale de miroirs qui reflète chaque facette qui se présente, transforme l’ombre en lumière et la lumière en étincelles.

    Borges est un monde qui ramifie à perdre haleine, et je suis joie de commencer à m’y perdre, de suivre les branchages et de contempler sa canopée.

    Traduit de l’espagnol (Argentine) par Paul Verdevoye, Nestor Ibarra et Roger Caillois
    Éditions Folio

    Mes préférées dans Fictions
    • Le jardin aux sentiers qui bifurquent
    • La mort et la boussole
    • La bibliothèque de Babel
    • Pierre Ménard, auteur du Quichotte
    • Funes ou la mémoire
    • Le miracle secret
    • … [faut-il vraiment choisir ? ]
  • Sous le soleil de novembre

    Les livres lus pendant l’année mais pas chroniqués, suite encore

    Les fantômes de Truman Capote, Leila Guerriero

    La grande journaliste argentine part sur les traces du grand écrivain états-unien, lors de l’écriture de sa grande oeuvre, De sang froid. Le livre qui a bouleversé la vie de Capote et qui a donné au journalisme narratif un modèle du genre a été écrit en grande partie en Espagne. Leila Guerriero part en résidence dans la ville qui a accueilli Capote et son compagnon, à l’époque, pour voir ce qu’il en reste, quelle ombre et quelle aura auront laissé cet homme et son chef d’oeuvre, entre l’époque pendant laquelle il était un quasi inconnu dans une Espagne franquiste enfermée sur elle-même et celle d’aujourd’hui, où chaque trace de doigt peut valoir un encadré et un monument.
    En attendant de lire son dernier texte sorti, encore une preuve, s’il en fallait, que Leila Guerriero est une très grande journaliste et écrivaine.

    Les travaux du Royaume, Yuri Herrera

    Lobo chante dans les rues, il chante les amours déçues, les exploits sanglants et les vengeances héroïques. Il chante les chevaliers modernes et les princesses perdues. Un jour, il croise le Roi et sa cour, et, fasciné, les rejoint. Au cœur d’un cartel de narcotrafiquants mexicain, Yuri Herrera raconte dans ce bref roman la gloire, la chute et les intrigues des cours modernes, au son de la guitare de Lobo et dans les pierres les cours d’Europe, les temples grecs, les Héros et les Dieux déchus. Un premier roman très très bien.

    La mer de la tranquillité, Emily St. John Mandel

    Il y a une forêt sur l’île de Vancouver au XXè siècle, une vidéo expérimentale pendant un concert au XXIè, un aéroport au XXIIIè, et un Institut du Temps au XXVè. Ce qui les relie, c’est comme un accroc, un trébuchement, qui mêle la forêt, des violons et l’aéroport, et toutes ces périodes. Et l’Institut du Temps de se saisir de cette anomalie pour en trouver l’origine, et la cause.
    J’avais tant aimé Station eleven que je n’avais pas lu d’autres livres d’Emily St. John Mandel. Et pourtant, cette Mer de la tranquillité, au-delà de sa couverture, me tentait mille fois. Et j’ai bien fait ! Je n’en dis pas mieux sur l’histoire, découvre, et profite ! (et lis Station eleven, si jamais)

    La différence invisible, Mademoiselle Caroline-Julie Dachez

    A 27 ans, Marguerite se sent un peu à côté des autres. Elle voit qu’elle n’est pas dans le même tempo et que se conformer aux attentes l’épuise de plus en plus chaque jour. Le chemin vers la sortie et la découverte d’elle-même passera par un diagnostic d’autisme, qui lui permettra d’enfin savoir mieux qui elle est, et se révéler aux autres dans son entièreté. Une très belle BD témoignage, délicate dans sa narration et son exécution et frappante par son discours et ce qu’elle dit de la perception de l’autisme encore aujourd’hui.

    Ballades, Camille Potte

    Le seigneur Gourignot de Faouët a été transformé en grenouille. Malédiction ou putsch ? Accompagné de ses nouvelles copines, vraies grenouilles de l’étang, il tente de reconquérir sa forme humaine et son rang. Pendant ce temps, sa noble et fidèle chevalière Gounelle est allée secourir en son nom Patine, princesse aux bras blancs. Mais Patine a une petite crise de vocation et Gounelle prend conscience que son seigneur est peut-être un sale con. Au château, on s’organise en l’absence (bienvenue ?) du prince, et au village, la révolte gronde pendant des réunions en non-mixité et tout de paroles.
    Couleurs vives, phrasé splendide, inventivité lexicale et chansons tubales, tu ne veux pas passer à côté de Ballades, crois-moi. C’est g-é-n-i-a-l. Et c’est tout.

    La petite sœur, Mariana Enriquez

    Mariana, tu le sais, je l’aime fort. Elle a même droit à son espace juste à elle dans la bibliothèque latino-américaine. Et Mariana elle, elle aime beaucoup Silvina Ocampo. Silvina, c’est la petite sœur de Victoria, grande figure des lettres argentines, fondatrice de la revue Sur, grande écrivaine, une grande, quoi. Silvina aussi a écrit, des choses un peu étranges (c’est pour ça que Mariana l’aime bien). Elle était également la femme d’Adolfo Bioy Casares, et amie avec Jorge Luis Borges. Peut-être que tous ces grands noms autour d’elle, qui eux sont restés à la postérité, ont participé à la disparition de la petite sœur. Par chez nous, en tout cas, elle reste marginale. Mariana a décidé de lui rendre un peu de lumière avec cette biographie qui se lit comme un roman, bien évidemment ^^

  • Un lieu ensoleillé pour personnes sombres – Mariana Enriquez

    Une femme qui peut communiquer avec les morts doit, sous la pression de ses voisins, les débarrasser de l’un d’eux particulièrement revêche. Une autre se réveille avec une paralysie faciale inexplicable et qui évolue de manière improbable. Une troisième, en reportage à Los Angeles sur les traces d’une légende urbaine, retrouve les fantômes de son passé. Ailleurs, ce sont des vêtements, sublimes, qui viennent hanter une friperie de crimes passés. Il y a aussi un homme, des hyènes et une maison inquiétante…

    Sur les rives de ce fleuve, tous les oiseaux qui volent, boivent, se posent sur les branches et perturbent la sieste avec leurs croassements démoniaques de possédés, tous ces oiseaux ont été des femmes un jour. Quel vacarme quand les résidents et les touristes viennent passer le week-end à la plage et parlent de la paix que leur apportent la nature, les nuées dans le ciel bleu d’été, le grignotage des miettes de pain qui tombent dans leur maté ! Inutile de leur expliquer que ces oiseaux femelles ne sont pas ce qu’elles paraissent, même s’ils pourraient s’en rendre compte s’ils les regardaient droit dans les yeux, ces yeux fixes et fous qui exigent leur libération.
    Les oiseaux de nuit

    Une rentrée littéraire est une bonne rentrée quand il y a Mariana dedans. Alors quand elle revient avec un recueil de douze nouvelles, on s’en délecte, on les déguste une à une, en se laissant envahir par les frissons, le dégoût et la crainte qu’elle sait faire naître avec tant de talent. On retrouve dans ce recueil les thématiques favorites de la grande autrice argentine : les corps, de femmes surtout, en mutation, transformation, changés par l’âge, par les expériences, la violence. Elle étend ces violences aux symboles du corps avec cette garde-robe maudite, dans l’incroyable nouvelle « Différentes couleurs composées de larmes« . Des corps bafoués, marqués, qui prennent leur indépendance, s’émancipent de celles qui l’habitent, pour leur grande horreur, ou leur libération.

    On retrouve bien sûr les fantômes de la dictature, à travers ces bâtiments qui restent, préservés ou non, nouveau champ de bataille mémoriel après avoir bu le sang et les larmes des torturé-es, et qui deviennent d’inquiétants phares, des portes vers les profondeurs nécrosées de la société argentine, abritant les désirs sordides des tortionnaires et leurs successeurs. Une vieille maison devenue le lieu de rencontres de la jeunesse, une ancienne usine de frigos entourée de centaines de ces réfrigérateurs laissés à rouiller (si tu as lu « Ça« , tu commences à te sentir mal, normalement ^^), partout plane l’inquiétant, telle une fissure invisible, une déchirure qui s’étiole, effile le tissu d’une normalité qui n’a jamais été assez tangible pour tenir. Car bien souvent, bien sûr, le pire ne vient pas des fantômes, mais des vivants.

    Il faut lire Mariana Enriquez (et surtout Notre part de nuit, je ne te le dirai jamais assez), qui nous laisse regarder par des interstices ce que nous cachons en nous, ce qui suinte autour, ce qui nous attend ensuite, pour nous avaler.

    Traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet
    Éditions du Sous-Sol

  • Propre – Alia Trabucco Zerán

    L’autrice chilienne nous revient après son puissant et prometteur premier roman La soustraction dans lequel elle racontait l’héritage des histoires familiales et la construction de soi au milieu des fantômes. Avec Propre, elle nous plonge dans l’intimité d’une famille aisée de Santiago racontée par leur employée de maison.

    Estela parle, elle parle, comme si personne ne pouvait l’arrêter. C’est d’ailleurs sans doute pour cela qu’elle est là, parce qu’on veut l’écouter. On veut connaître sa version, son histoire, elle qui travaille depuis tant d’années dans cette maison, avant la naissance de la petite puis après, elle qui a élevé l’enfant presque comme si c’était la sienne. Peut-être sait-elle comment, pourquoi la gamine est morte.

    La suite sur le site des Nouveaux Espaces Latinos !

    nouveaux espaces latinos
  • Ese verano a oscuras – Mariana Enriquez

    L’été 89 en Argentine. Il fait très chaud, les coupures d’électricité rythme le court des journées et deux adolescentes s’ennuient un peu. Dans la lourdeur de plomb du soleil, elles recherchent l’ombre, écoutent du rock et se passionnent pour les serial killers venus des États-Unis. Parce qu’il semble qu’il n’y en ait pas, en Argentine, des serial killers. Mais peut-être bien que si, tout dépend à qui on demande, tout dépend qui on cherche.

    La ciudad era pequeña pero nos parecía enorme sobre todo por la Catedral, monumental y oscura, que gobernaba la plaza como un cuervo gigante. Siempre que pasábamos cerca, en el coche o caminando, mi padre explicaba que era estilo neogótico, única en América latina, y que estaba sin terminar porque faltaban dos torres. La habían construido sobre un suelo débil y arcilloso que era incapaz de soportar su peso : tenía los ladrillos a la vista y un aspecto glorioso pero abandonado. Una hermosa ruina. El edificio más importante de nuestra ciudad estaba siempre en perpetuo peligro de derrumbe a pesar de sus vitrales italianos y los detalles de madera noruega. Nosotras nos sentábamos enfrente de la Catedral, en uno de los bancos de la plaza que la rodeaba, y esperábamos algún signo de colapso. No había mucho más que hacer ese verano. La marihuana que fumábamos, comprada a un dealer sospechoso que hablaba demasiado y se hacía llama El Súper, apestaba a agroquímicos y nos hacía toser tanto que con frecuencia quedábamos mareadas cerca de las puertas custodiadas por gárgolas tímidas. Nunca fumábamos apoyadas contra las paredes de la Catedral, como hacían otros, más valientes. Le teníamos miedo al derrumbe.

    Tu le sais, lectrice, lecteur, ma part de nuit, Mariana Enriquez je l’aime fort fort fort. Limite c’est pour elle que j’ai décidé d’apprendre l’espagnol, pour pouvoir lire ce qui n’est pas encore traduit. Et bim ! ça y est, c’est parti, avec cette première lecture de la grande prêtresse du fantastique latino-américain. Je commence donc avec cette nouvelle, Ese verano a oscuras, qui a la particularité d’être (magnifiquement) illustrée à l’aquarelle (je crois) par Helia Toledo.
    Virginia et notre protagoniste s’ennuient donc un peu, pendant ce chaud été qui est ponctué par de longues coupures d’électricité, l’Argentine peinant à produire l’énergie nécessaire en cet année 1989. Tombées sur un livre parlant des serial killers, nos deux ados un peu rebelles, un peu punk et gothique à la fois, se passionnent pour ces figures morbides, touchant du doigt un frisson d’aventures et d’excitation, de peur et de danger qui paraît bien éloigné de leur quotidien à l’ombre de l’immense cathédrale. Mais tout change le jour où Carrasco, habitant du 7ème étage, assassine sa femme et sa fille et s’enfuit. Le quotidien bascule, la chaleur devient plus pesante et l’absence d’électricité, jusqu’alors propice à la création d’ilots de fraîcheur et de cachettes discrètes pour les filles, devient un gouffre immense dans lequel se dissimule Carrasco.

    Helia Toledo – Ese verano a oscuras

    On retrouve ici dans ces quelques pages, tous les sujets de Mariana Enriquez : la violence, l’adolescence, la musique, la dictature, le sida. Sous le regard un peu blasé mais bien affûté de la protagoniste, les conversations à mots cachés, les sous-entendus entre ses parents, avec les voisins, les commerçants, prennent un autre sens. Les anciens complices et les opprimés, les opposants et les attentistes, tous vivent ensemble dans ce début de retour à la démocratie, mais rien n’est vraiment comme avant. Et les assassinats terribles et violents commis dans l’immeuble vient faire retomber une chape de plomb sur les habitants. L’obscurité des êtres humains ne s’arrête jamais de grandir, et face à elle, nous sommes démunis, seul-es et ensemble. Elle emportera des gens, aveuglément, le visage déchiré par un rictus acéré tandis que la vie continuera son chemin inopportun, sans se soucier de ce qu’elle laisse derrière elle.

    Helia Toledo – Ese vernao a oscuras

    Avec la finesse qui est la sienne, Mariana Enriquez raconte cette histoire violente et tragique vue par une ado en restant sur le fil, et nous rappelle comment elle est passée maîtresse dans l’art de nous faire frémir avec l’horreur quotidienne, à laquelle il ne faut parfois pas rajouter grand-chose pour la rendre surnaturel. Les illustrations de Helia Toledo, tout en ton orange, ocre, et noir tranchant, viennent souligner cette ambiance étrange, entre langueur estivale, anormalité électrique et dangers enfouis.
    L’horreur est partout, tout le temps, tapie dans l’ombre d’une cage d’escalier, attendant la coupure qui l’enveloppera.

    Illustrations de Helia Toledo
    Paginas de Espuma
    72 pages

  • L’absence est une femme aux cheveux noirs – Émilienne Malfatto & Rafael Roa

    En 1976 débute en Argentine le « Processus de réorganisation nationale », nom policée de la dictature initiée par le général Videla et sa junte. Trois autres lui succèderont jusqu’en 1983 et le retour de la démocratie avec l’élection de Raul Alfonsin. Si les années qui précédèrent le coup d’état de la junte militaire étaient déjà compliquées et sombres, le coup d’état de 1976 écrase de sa botte des milliers de vies.

    C’est une ville étrange où il faut savoir où on va

    j’ai posé la question l’autre soir au chauffeur du bus 29
    ce bus que j’attends en face du grand parc où on torturait
    en technique

    grand parc avec des grands arbres et des bâtiments blancs
    aux toits de tuiles
    et un peu partout
    dans les allées
    les visages en noir et blanc de ceux
    qu’on torturait
    en technique
    dans une des bâtiments blancs
    les griffes du tigre

    il faut savoir où on va ici.

    La dictature argentine, terme singulier pour des juntes plurielles qui ont fait de la torture et de la mort un art, ce sont des milliers de victimes, de desaparecidos et d’enfants volés. Les juntes sont passées maitresses dans l’art de dissimuler, de dissiper, de faire s’évanouir aux yeux de tous leurs crimes. Le principal, le plus connu des centres de torture et de détention, la lugubre École de la marine (ESMA) trône au centre de la ville, le long de l’avenue Libertador. Les enfants arrachés à leurs parents sont confiés aux militaires tandis que leurs parents sont jetés dans le Rio de la Plata, ou dans des fosses communes.
    L’Argentine est aujourd’hui sans doute la plus connue des dictatures de cette époque, alors qu’à ce moment-là elle est le dernier pays à plier sous « les ailes noirs du Condor » comme l’écrit Émilienne Malfatto. C’est tout le cône Sud qui meurt sous le talon des militaires, pour le plus grand plaisir de Nixon et Kissinger qui peuvent souffler un peu, la terreur rouge est arrêtée.

    Émilienne Malfatto et Rafael Roa remontent le cours de cette histoire, du coup d’état aux procès récents en prenant pour fil les enfants volés. Symboles de la dictature par le projet que ces enlèvements sous-tendent, ils sont également l’un des maillons d’une opposition pacifique qui garde encore aujourd’hui la mémoire et la lutte, celles des mères et grands-mères de la place de Mai.
    Les deux nous emmènent dans une déambulation dans les rues hantées de Buenos Aires et d’autres histories argentines, à la recherche des ombres des desaparecidos, dans les pas des locas de la plaza de Mayo, comme les surnommait les militaires, elles qui tournaient en rond, un lange sur la tête, réclamant leurs enfants, leurs petits-enfants. Elles qui, après que le président Alfonsin aura fait un début de procès, et bien que le président Menem aura libéré et amnistié les tortionnaires, sauront se glisser dans la faille, mettre le pied dans la porte qui permettra de ramener tout ce petit monde devant les tribunaux. Mais restent les absents. Restent les enfants aujourd’hui de quarante ans qui ignorent leur véritable identité (et ignorent qu’ils l’ignorent). Trente mille desaparecidos, cinq cents enfants volés.

    C’est un pays qui ment qui ne veut pas se souvenir
    une ville de mensonge
    Buenos Aires aux longues avenues et aux relents
    humides
    où l’espagnol a l’accent italien
    où le fleuve ressemble à la mer
    où on prétend avoir oublié
    C’est un pays étrange où il manque des gens
    c’est comme ça
    comment le dire autrement
    il en manque quelques milliers
    on les a emmenés et ils ne sont jamais revenus

    Alors que Milei suit de son regard fou placardé sur les murs, son regard froid de révisionniste les chemins hésitants de la narratrice, celle-ci s’interroge à son tour sur le rapport de l’Argentine avec son passé. Des grands procès de 85 aux amnisties jusqu’aux nouveaux procès de 2011 marqués (trop ?) du sceau du kirchérisme. Toutes ces étapes qui amènent à maintenant, aujourd’hui, à Milei. Un hommes qui nie, qui rejette, qu’on imagine bien s’arroger le pouvoir pour ne jamais le rendre et rouvrir les plaies encore suintantes de ce pays mal cicatrisé.

    Comment raconte-t-on une dictature ? On savait déjà avec ses textes précédents (je t’ai déjà parlé de deux d’entre eux : Les serpents viendront pour toi et Que sur toi se lamente le Tigre) qu’Émilienne Malfatto savait rendre la dureté et la violence avec une luminosité et une poésie empreinte d’une humanité tranchante. Elle n’a pas peur des mots, des questions les plus simples comme les plus inconcevables, car pour avancer quand on ne sait pas où l’on va, il faut bien, à chaque intersection, se demander pourquoi, comment, qui, où, pourquoi, comment ? Elle ne nous épargne pas, et après tout pourquoi le ferait-elle. Elle ne l’a pas été, elle s’est heurtée à la réalité de la junte, à celles des Argentins encore troués de ces années passées sous l’aile noir du Condor. Les viols, les enlèvements, la picana, les fractures, le Pentothal. La formation par les généraux français, bien aguerris par la guerre d’Algérie et ravis de partager leurs méthodes. L’internationale de la terreur. En parcourant Buenos Aires, Émilienne Malfatto est à l’affût, elle guette les silences et les cris étouffés. Comment une ville absorbe-t-elle le sang ? Résonne-t-elle des absents ? Ou bien même là, il y a des trous noirs ? Que se passe-t-il quand le massacre de son propre peuple devient un sujet de débats, de questionnements.
    Les photographies de Rafael Roa viennent souligner son texte, poésie parlante comme un fil de pensées qui se déroule, se faufilent et s’effilent au fil des entretiens et tandis qu’elle remonte l’avenue Libertador, la calle Peru et les rives du Rio de la Plata. Autre regard sur cette histoire qui, si elle est difficile à raconter, l’est encore plus à montrer. On peut afficher la torture, les corps les blessures le sang, mais ici ce que l’on veut ramener à la surface ce sont les absents, les inexistants, les parfois et peut-être un jour apparaissants. Images d’archives, portraits des mères, grands-mères, enfants retrouvés. Bouts de murs, de place, siège d’avion. Parfois détachés de leur contexte, pris pour ce qu’ils sont, un fleuve, une rive, une route, entrant en résonance avec les entretiens, les témoignages, les photographie se chargent tour à tour de marquer la parole, de sous-tendre l’étrange, l’insaisissable, l’incompréhensible pourtant bien réel.

    S’il est important de continuer encore et toujours de raconter les oppressions, les terreurs et les dictateurs, il y a des moments où cela devient primordial. L’Argentine aujourd’hui a fait un choix, vu d’ici improbable. Mais ce ne sont pas les premiers, et tout autour, ailleurs, et chez nous aussi, des bulles nauséabondes remontent, éclatent et nous contaminent doucement mais sûrement, s’insinuant dans les maillons indispensables et si fragiles de notre unité, de notre humanité collective. Le livre d’Émilienne Malfatto et Rafael Roa arrive non seulement à un moment décisif, mais sa puissance en fait un récit indispensable sur la mémoire, son évanescente permanence, la force des combats et la vaillance de ces femmes impressionnantes, ces mères et grands-mères, folles de la place de Mai, dont on doit faire nôtre leur acharnement et leur dignité, qui ont fini par faire éclater de nouveau la porte qui voulait garder caché, dans l’oubli et une honteuse honte inversée, l’horreur de la dictature.

    Éditions du Sous-Sol
    176 pages

    (un aparté, pour sérendipiter comme le dirait Curiosithèque, sur le titre magnifique et un peu énigmatique de ce livre, qui fait résonner en moi un autre titre, similaire, reflet d’une autre époque et pourtant avec de nombreux points communs. Alors si celui-ci te plaît, de titre, tu devrais aller jeter un œil ou une oreille à Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, de Jean-François Vilar. Une citation de Natalia Sedova, veuve de Trotsky pour un roman noir sublime, dont la structure, tiens, me fait aussi penser, même si ça n’a rien à voir mais un peu quand même, à Austral, de Carlos Fonseca. En attendant la prochaine boucle.)

  • Les hommes les plus grands – Fabián Martínez Siccardi

    Manuel Palacios Ranel naît en Patagonie au matin du XXème siècle. Fils d’un immégré asturien et d’une autochtone Tehuelche, il grandit dans la ferme qui emploie ses parents. A dix ans il est envoyé faire ses études chez les Salésiens et y trouvera moqueries, dénigrements et Dieu. Mais c’est alors qu’il joue les guides patagon pour un archéologue qu’il fera une rencontre qui bouleversera sa vie.

    En un mot ? Je le décrirais comme une force. Une force maligne ? Non, pas maligne, mon père, mais elle serait capable de faire le mal. Tout dépend de la main qui la tient, comme la lame qui aujourd’hui nous rase et demain nous égorge. Vous êtes sûr que c’est un animal, mon frère ? Sans aucun doute. Un animal énorme et puissant. Semblable à un de ceux que nous connaissons ? Sa tête pourrait être celle d’un bison ou d’un taureau sauvage. Son corps celui d’un percheron ou même d’un buffle. Mais l y a cette corne, une corne épaisse et courbe, une corne grossière qui naît entre ses sourcils et se dresse vers le ciel, comme chez les rhinocéros. Depuis quand avez-vous ces visions ? Je voyais déjà ces images en Argentine, quelques mois avant de prendre le bateau, mais elles sont devenues plus précises depuis mon arrivée à Turin. Quelle est la fréquence de vos rêves ? Quotidienne. Mais ce ne sont pas des rêves, ou pas seulement. En général, je vois la bête en étant éveillé, pendant que je fais la vaisselle, que j’aide au jardin ou que je me lance dans une activité au cours de laquelle mon esprit part à la dérive. Dans ces moments-là, elle a l’air aussi vive qu’une montagne qui tremble et je l’entends gratter le sol avec ses sabots. Ces sabots ne seraient-ils pas un signe du Diable ? Non, ce n’est pas le Diable, mon père. Ce n’est pas le Diable !

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  • L’occasion – Juan José Saer

    Bianco, auparavant Burton, après avoir affolé les planches en Angleterre et s’être attiré les sympathies prusses, part à la rencontre de Paris pour proposer les démonstrations de ses pouvoir télékinésiques et kinesthésiques. Mais il fait face à la fronde des positivistes et, humilié, part d’abord en Sicile et de là en Argentine, récupérer un bout de terre promis par le gouvernement dans la pampa.

    Dans la chaleur portègne, lourde et étouffante, il rencontre Antonio Garay Lopez, jeune médecin dont, hasard du destin, la famille est propriétaire de terrains jouxtant ceux de Bianco. S’il ne va lui-même que rarement dans ces contrées, par rancœur familiale, il garde malgré tout contact et visite Bianco. Mais un beau jour et alors que notre gaucho d’adoption revient d’une exploration de ses terres, il trouve sa femme assise lascive dans un fauteuil, face à Garay Lopez, suçotant un cigare et avec une expression de plaisir intense sur le visage, l’autre la regardant d’un air malintentionné. De cet instant, Bianco en est sûr, sa femme le trompe, l’a trompé avec son ami et associé.

    Appelons-le, tout court, Bianco. Qu’il se soit fait appeler Burton à certains moments de sa vie, comme il devait l’expliquer à Garay Lopez, ne se devait qu’à la couleur de ses cheveux, trouvant que s’appeler Bianco pouvait ruiner le crédit accordé à un rouquin. A. Bianco, peut-être, comme l’illustre souvent sa signature lente et soignée, au tracé laborieux et complexe, plus soucieuse d’identification que d’esthétique.
    A. Bianco, écho de ce qui, à d’autres époques, avec aussi été A, mais comme Andrex, A. Burton, et qu’il avait décidé de changer après ses démêlés avec les positivistes à Paris. Andrea Bianco peut-être ? A. Bianco en tout cas, c’est certain, bien que la majuscule première, au lieu d’éclaircir un peu le mystère, à l’inverse, l’épaississe, de sorte que, puisqu’il le préfère, et même si ce nom dément ses origines brumeuses et la couleur de ses cheveux qui, à quarante-six ans, foisonnent encore en touffes ondulées et cuivrées, nous allons l’appeler, pour simplifier, Bianco tout court.

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  • Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler – Luis Sepúlveda

    Zorbas, un grand et gros chat noir, vit sa paisible vie de chat de port et d’appartement à Hambourg. Alors que ses maîtres sont partis en vacances, il a la surprise de voir atterrir sur son balcon en catastrophe Kengah, une mouette argentée recouverte de mazout. Ayant luttée jusqu’au bout pour trouver un refuge, la mouette usera de ses dernières forces pour pondre un œuf, et dans un ultime soupir, fera promettre à Zorbas de prendre soin de l’oisillon qui naîtra et de lui apprendre à voler.

    -¡Banco de arenques a babor!- anunció la gaviota vigía, y la bandada del Faro de la Arena Roja recibió la noticia con graznidos de alivio.
    Llevaban seis horas de vuelo sin nterrupciones y, aunque las gaviotas piloto las habían conducido por corrientes de aires cálidos que hicieron placentero el planear sobre el océano, sentían la necesidad de reponer fuerzas, y qué mejor para ello que un buen atracón de arenques.
    Volaban sobre la desembocadura del río Elba, en el mar del Norte. Desde la altura veían los barcos formados uno tras otro, como si fueran pacientes y disciplinados animales acuáticos esperando turno para salir a mar abierto y orientar allí sus rumbos hacia todos los puertos del planeta.

    -Banc de harengs à bâbord ! annonça la vigie et le vol de mouettes du Phare du Sable Rouge accueillit la nouvelle avec des cris de soulagement.
    Il y avait six heures qu’elles volaient sans interruption et bien que les mouettes pilotes les aient conduites par des courants d’air chaud agréables pour planer au-dessus de l’océan, elles sentaient le besoin de refaire leurs forces, et pour cela quoi de mieux qu’une bonne ventrée de harengs.
    Elles survolaient l’embouchure de l’Elbe dans la mer du Nord. D’en haut elles voyaient les bateaux à la queue leu leu, comme des animaux marins patients et disciplinés, attendant leur tour pour gagner la pleine mer et là, mettre le cap vers tous les ports de la planète.

    Traduction Anne-Marie Métailié

    Zorbas n’a qu’une parole, et il compte bien la tenir. Mais le voilà malgré tout dans l’embarras. Comment prendre soin de cet œuf jusqu’à son éclosion ? Comment s’occuper d’un poussin ? Et surtout, comment apprend-on à voler ? Il s’attèlera à cette tâche avec l’aide de ses fidèles compagnons Colonello, Secretario, Sabelotodo et Barlovento et affrontera de nombreux dangers pour protéger son oisillon jusqu’à ce que l’appel des airs soit le plus fort.

    N’en doute pas, c’est encore une bien belle et touchante histoire que nous narre là le grand conteur chilien. Notre bande de chats des quais hambourgeois détonne et amuse. Zorbas notre héros, en vieux mâle casanier mais brave et fidèle ; le duo du restaurant italien Colonello et son aide Secretario ; Sabelotodo, qui se repaît de la lecture des nombreux tomes d’un encyclopédie universalis, lui donnant l’aura d’un sage auprès de ses compagnons ; Barlovento, chat des mers et fin connaisseur des peuples des airs. Il faudra affronter d’autres chats, moqueurs et bagarreurs ; de terribles rats (et la terrible succession des roulements et raclements castillans des ‘r’ et ‘j’ pendant la lecture en VO décrivant « los ojos rojos del jefe de las ratas »…), et enfin savoir en qui faire confiance pour accomplir l’acte final, et accompagner la petite mouette vers son destin.

    La protection de l’environnement, l’importance de l’amitié et de l’entraide, la force de la poésie et de l’imaginaire, on retrouve ici tous les thèmes chers à Sepúlveda dans un roman aussi amusant que touchant.

    Éditions Métailié / Tusquets editores (illustrations Miles Hyman)
    Traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié
    118 pages / 135 pages

  • Zona cero – Gilberto Villarroel

    Gabriel est un journaliste habitué aux zones de guerre. Mais alors qu’il est sur la plage de Pichilemu, face au Pacifique et dos à Santiago, à observer des surfeurs courir sur la page et plonger dans les vagues, tandis que sa compagne, Sabine, il apprend au téléphone qu’elle est enceinte, il n’imagine pas que tout son univers s’apprête à devenir l’une de ces zones de guerre. Car soudain, la terre se met à trembler, la mer se retire, et l’enfer surgit.

    C’était une chaude nuit d’été à Pichilemu. Précédée par son ronronnement asthmatique, la Volkswagen de Gabriel Martinez se traînait sur le pavé brûlant de la rue principale de la ville en direction du bord de mer. Elle s’arrêta près du centre culturel Agustin Ross, un bâtiment qui abritait précédemment un casino du début du XXème siècle.
    Gabriel descendit de voiture et marcha le long du parc situé au pied du vieil édifice. De nuit, ses volumes en piteux état – alors que du temps de sa splendeur, le bâtiment se démarquait par son élégance- donnaient l’illusion d’un manoir gothique comme ceux que l’on trouvait sur les photogrammes des films d’horreur à petit budget.
    Il prit un chemin en pente qui conduisait directement à la plage. Il avait envie de se dégourdir les jambes et de fumer une cigarette au bord de l’eau avant de reprendre la route direction Punta de Lobos. Il y avait loué une cabane, son futur centre d’opérations pour couvrir un championnat international de surf.
    C’était un vendredi de pleine lune. Une étrange lune d’été, d’une couleur rouge sang, veinée de jaune, ce qui lui donnait un aspect inquiétant. Au moins, se consola Gabriel, la nuit était-elle déjà tombée.

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