L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney

Le jeune Syffe, petit orphelin, a été confié aux bons soins de la veuve Tarron avec 3 autres camarades. Pas particulièrement malheureux, les 4 amis vivent leur enfance entre corvées à la ferme et jeux dans les bois. Vivant leur insouciance paisible en banlieue de la grande ville de Corne-Brune, ils ne prêtent qu’une oreille bien distraite aux murmures qui s’en échappent et évoquent, un jour, la mort du roi Bai. Cet événement qui aurait pu n’avoir aucune conséquence en d’autres lieux et d’autres temps, va pourtant déclencher une lutte de pouvoir qui déchirera leur vie et bouleversera, bien évidemment, leur destin, celui de leur contrée, et bien plus !
À la suite de quelques manquements à la loi, Syffe se retrouve bien malgré lui embringué dans les intrigues politiques de Corne-Brune, où il découvrira le racisme infligé aux peuples claniques (dont il est lui-même un représentant), les magouilles pour le pouvoir, mais aussi une étrange menace, entre fantasmagorie et sorcellerie. C’est donc le début d’un parcours initiatique doublé d’un sacré chemin de croix pour notre jeune héros, qui découvrira de la vie bien plus qu’il n’en aurait rêvé.
Divisé en quatre parties, ce petit pavé va nous balader avec Syffe dans ce territoire au bord du chaos, 4 étapes charnières de sa jeune vie ponctuées de rencontres fortes et de moments sombres et sanglants.

« Nous étions couchés dans les herbes folles qui poussent sur la colline du verger et, de là, nous voyions tout. L’ai était pesant, presque immobile, rempli du bourdon estival des insectes. Autour, il y avait le parfum mêlé des graminées et l’odeur douceâtre des pommes qui mûrissent. Suspendus aux branches chargées de fruits, des charmes d’osselets gravés tintaient mélodieusement pour éloigner les oiseaux et la grêle. Face à nous se dressaient Corne-Colline et les murailles sombres de la cité de Corne-Brune, grassement engoncées dans la poussière que soulevaient les charrettes de la route des quais. Enfin, au bout du chemin sale que nous surplombions, derrière le petit port fluvial, la Brune coulait paresseusement. »

C’est un retour à la fantasy pour moi, après une pointe de lassitude suite à des séries interminables et souvent interminées, soit par moi, soit par l’auteur, soit par l’éditeur, et donc un brin de frustration. Mais ce cycle de Syffe était sorti avec une aura très enchanteresse et une telle ribambelle de critiques enthousiastes que j’ai eu envie d’y jeter un œil. Et puis il était déjà sur mon étagère quand j’ai appris qu’il y aurait…. 7 tomes. Arf. Bon.

Mais qu’en est-il finalement ? Et bien, ma foi, cet Enfant de poussière en ce qui me concerne aura très bien fait son office ! L’écriture de Patrick K. Dewdney est absolument entraînante et nous emmène avec elle par le bout de l’esperluette sur les chemins et dans les bois de la contrée de Corne-Brune, et au-delà, avec un plaisir grandissant. Le jeune Syffe, petit héros d’environ 8 ans quand commence notre histoire, fait un protagoniste fort agréable, dans la tradition des jeunes garçons qui ne savent pas d’où ils viennent et se retrouvent au centre d’un bouleversement historique. Les personnages secondaires sont extrêmement bien campés, un peu stéréotypés mais sans facilité dans leur caractère et leurs desseins. L’univers lui-même fourmille de détails, de richesse et de vie, on sent que l’auteur l’a bien pensé et réfléchi, et sait où il nous emmène. On pensera bien sûr à Robin Hobb et Fitz pour ce destin juvénile au long cours qui l’attend, nous avec.

Alors certes, on ne trouvera, je pense, rien de bien révolutionnaire dans ce premier tome. La trame semble très classique, l’univers médiéval parlera à tous les aficionados du genre tout comme les caractérisations des personnages. Mais tout cela est très bien ficelé, merveilleusement écrit et fort bien mené. Beaucoup de pistes différentes brillent dans cette forêt littéraire, nous n’en sommes encore qu’à l’orée, et on ne peut qu’espérer que les 6 (!) tomes restants n’en laissent de côté aucune  envahies de fougères et garde ce souffle épique et poétique qui fait la richesse de cette entrée en matière.

Folio SF / Au diable vauvert
784 pages

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